|
|
Ecritures de soi : l'autobiographie
Notions à maîtriser -Lecture / écriture * Savoir définir et identifier un texte autobiographique * Définir les enjeux de l'autbiographie * Les deux "je" du texte autobiographique * L'autoportrait -Langue * Enoncé ancré dans la situation d'énonciation et énoncé coupé de la situation d'énonciation * Les valeurs du présent de l'indicatif ---> pour s'entraîner, faire les exercices XII et XII de la cette page. (bbouillon.free.fr) * Les valeurs des temps du récit au passé (en paritculier passé simple et imparfait) ---> pour s'entraîner, faire les exercices XIV et XV de la cette page. (bbouillon.free.fr) * Le vocabulaire du souvenir et de la mémoire * Le vocabulaire des sentiments Textes à (re)lire 1. « Cette effroyable quantité de Je et de Moi ! » Le soir, en rentrant assez ennuyé de la soirée de l’ambassadeur, je me suis dit : je devrais écrire ma vie, je saurai peut-être enfin, quand cela sera fini dans deux ou trois ans, ce que j’ai été, gai ou triste, homme d’esprit ou sot, homme de courage ou peureux, et enfin au total heureux ou malheureux, je pourrai faire lire ce manuscrit à Fiori . Cette idée me sourit. Oui, mais cette effroyable quantité de Je et de Moi ! Il y a de quoi donner de l’humeur au lecteur le plus bénévole. Je et Moi, ce serait au talent près, comme M. de Chateaubriand, ce roi des égotistes . De je mis avec moi tu fais la récidive… Je me dis ce vers chaque fois que je lis une de ses pages. On pourrait écrire, il est vrai, en se servant de la troisième personne, il fit, il dit. Oui, mais comment rendre compte des mouvements intérieurs de l’âme ? […] [Stendhal imagine alors que ses mémoires n’auront aucun succès.] Mes Confessions n’existeront donc plus trente ans après avoir été imprimées, si les Je et le Moi assoment trop les lecteurs ; et toutefois j’aurai eu le plaisir de les écrire, et de faire à fond mon examen de conscience. De plus, s’il y a succès, je cours la chance d’être lu en 1900 par les âmes que j’aime, les Madame Roland, les Mélanie Guilbert, les …
Stendhal, Vie de Henry Brulard , 1836. 2. "Le rocher sur lequel je suis né" La maison qu'habitaient alors mes parents est située dans une rue sombre et étroite de Saint-Malo, appelée la rue des Juifs : cette maison est aujourd'hui transformée en auberge. La chambre où ma mère accoucha domine une partie déserte des murs de la ville, et à travers les fenêtres de cette chambre on aperçoit une mer qui s'étend à perte de vue, en se brisant sur des écueils. J'eus pour parrain, comme on le voit dans mon extrait de baptême, mon frère, et pour marraine la comtesse de Plouër, fille du maréchal de Contades. J'étais presque mort quand je vins au jour. Le mugissement des vagues, soulevées par une bourrasque annonçant l'équinoxe d'automne, empêchait d'entendre mes cris : on m'a souvent conté ces détails ; leur tristesse ne s'est jamais effacée de ma mémoire. Il n'y a pas de jour où, rêvant à ce que j'ai été, je ne revoie en pensée le rocher sur lequel je suis né, la chambre où ma mère m'infligea la vie, la tempête dont le bruit berça mon premier sommeil, le frère infortuné qui me donna un nom que j'ai presque toujours traîné dans le malheur. Le Ciel sembla réunir ces diverses circonstances pour placer dans mon berceau une image de mes destinées. François-René de Chateaubriand (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe, tome I, chapitre 2. 3. "La moitié de la vie". Je viens d'avoir trente-quatre ans, la moitié de la vie. Au physique, je suis de taille moyenne, plutôt petit. J'ai des cheveux châtains coupés court afin d'éviter qu'ils ondulent, par crainte aussi que ne se développe une calvitie menaçante. Autant que je puisse en juger, les traits caractéristiques de ma physionomie sont : une nuque très droite, tombant verticalement comme une muraille ou une falaise, marque classique (si l'on en croit les astrologues) des personnes nées sous le signe du Taureau ; un front développé, plutôt bossué, aux veines temporales exagérément noueuses et saillantes. Cette ampleur de front est en rapport (selon le dire des astrologues) avec le signe du Bélier ; et en effet je suis né un 20 avril, donc aux confins de ces deux signes : le Bélier et le Taureau. Mes yeux sont bruns, avec le bord des paupières habituellement enflammé ; mon teint est coloré ; j'ai honte d'une fâcheuse tendance aux rougeurs et à la peau luisante. Mes mains sont maigres, assez velues, avec des veines très dessinées ; mes deux majeurs, incurvés vers le bout, doivent dénoter quelque chose d'assez faible ou d'assez fuyant dans mon caractère. Ma tête est plutôt grosse pour mon corps ; j'ai les jambes un peu courtes par rapport à mon torse, les épaules trop étroites relativement aux hanches. Je marche le haut du corps incliné en avant ; j'ai tendance, lorsque je suis assis, à me tenir le dos voûté ; ma poitrine n'est pas très large et je n'ai guère de muscles. J'aime à me vêtir avec le maximum d'élégance ; pourtant, à cause des défauts que je viens de relever dans ma structure et de mes moyens qui, sans que je puisse me dire pauvre, sont plutôt limités, je me juge d'ordinaire profondément inélégant ; j'ai horreur de me voir à l'improviste dans une glace car, faute de m'y être préparé, je me trouve à chaque fois d'une laideur humiliante. Michel Leiris, L'Âge d'homme (1939)
Pour d'autres textes, voir l' anthologie que Philippe Lejeune propose sur son site. Pour Les Confessions de Rousseau, plusieurs éditions en proposent des versions commentées. Vous pouvez aussi "feuilleter" les pages numériques de l'oeuvre fondatrice du genre autobiographique,disponible en ligne sur wikisource. Liens A propos de l'autoportrait dans les arts plastiques : Bibliographie |
|