2. Les codes de la lettre.
[synthèse à faire à partir de la séance 1]
3. Les différentes lettres et leurs visées.
Quelques auteurs rencontrés sur les chemins épistolaires....
Quelques textes à lire et relire
1. Lettre de Gustave Flaubert à sa nièce.
[Croisset], vendredi soir [25 janvier 1861].
Mon bon Carolo,
C'est afin d'avoir des lettres de toi que je t'envoie ce petit billet, car je n'ai rien du tout à te dire, si ce n'est que je voudrais bien embrasser ta gentille frimousse.
Es-tu venue à bout des raccommodages de ta robe ? Voilà ce que c'est que d'entreprendre une œuvre ! Tes dents te font-elles souffrir toujours ? T'es-tu résignée à aller chez le dentiste ? Parle-moi du bal des Robinets1.
Penses-tu un peu à nos pauvres cahiers d'histoire ? Je t'arriverai2 avec un programme féroce. - Et mon intention est de te donner dès mon retour de longues leçons pour réparer le temps perdu.
Engage ta bonne-maman à ne pas aller à Nogent aux jours gras. Il fera encore trop froid. - Et surtout trop humide. Tu sais qu'il faut que dans l'hiver elle reste au coin de son feu, et comme elle a toujours envie de faire des courses et des visites, empêche-la de sortir.
Rouen est maintenant plein de grippes et de rhumes. - Et je crois que mon serviteur Narcisse en tient un ou une soigné ou soignée. Car il a été pris ce matin d'une grande fièvre. Je l'ai fait se coucher dans l'après-midi.
J'ai reçu tantôt la visite de Grimaux3 qui est venu m'inviter à déjeuner pour dimanche prochain afin d'aller ensuite voir des lutteurs au cirque Saint-Sever, de sorte qu'après-demain ma journée sera entièrement perdue.
Le travail va un peu mieux. - Et si je ne rate pas le chapitre que je fais maintenant, mon livre sera sauvé.
Adieu, mon pauvre Loulou. Je te bécote sur tes deux bonnes joues.
Ton vieil oncle.
Gustave FLAUBERT, Correspondance, t. 3, Gallimard, « Pléiade », 1991.
1. Le bal des Robinets : les Robinet étaient des amis des Flaubert.
2. Je t'arriverai : je viendrai te voir.
3. Grimaux : un des correspondants de Flaubert.
2. Madame de Sévigné.
Lettre 1.
Après un séjour à Grignan, auprès de sa fille, Madame de Sévigné lui adresse cette lettre, écrite lors de son voyage vers Paris.
À Moret, lundi au soir 30 octobre 1673.
Madame,
Me voici bien près de Paris, ma très chère bonne. Je ne sais comme je me sens ; je n’ai aucune joie d’y arriver, que pour recevoir toutes vos lettres que je crois y trouver. Je ne sais quelle raison aura eue M. de Coulanges pour ne me les pas envoyer à Bourbilly, comme je l’en avais prié.
Je me représente l’occupation que je pourrai avoir pour vous, tout ce que j’aurai à dire à MM. de Brancas, La Garde, l’abbé de Grignan, d’Hacqueville, M. de Pomponne, M. Le Camus. Hors cela, où je vous trouve, je ne prévois aucun plaisir. Je mériterais que mes amies me battissent et me renvoyassent sur mes pas : plût à Dieu ! Peut-être que cette humeur me passera, et que mon cœur, qui est toujours pressé et qui me fait pleurer tous les jours sans que je m’en puisse empêcher, se mettra un peu plus au large ; mais il ne peut jamais arriver que je ne souhaite uniquement et passionnément de vous revoir, que je ne désire avec ardeur tout ce qui peut y contribuer et que je ne craigne, plus que toutes choses, ce qui pourrait m’empêcher cette satisfaction. Toutes vos affaires et le moindre de vos intérêts sont au premier rang de tout ce qui me touche. Je penserai continuellement à vous, sans que je puisse jamais rien oublier de ce qui vous regarde. Parler de vous sera mon sensible plaisir. Mais je choisirai mes gens et mes discours. Je sais un peu vivre, et ce qui est bon aux uns et mauvais aux autres. Je n’ai pas tout à fait oublié le monde ; je connais ses tendresses et ses bontés pour entrer dans les sentiments des autres. Je vous demande la grâce de vous fier à moi et de ne rien craindre de l’excès de ma tendresse. Ma seule consolation, en attendant que je vous voie, sera de recevoir de vos lettres, vous écrire et vous servir, si je le puis. Voilà mon application, et voilà comme je me trouve, sans compter mille autres sentiments dont le récit vous serait ennuyeux. Si vous croyez, ma bonne, que j’exagère d’un seul mot et que je dise ceci pour remplir ma onzième lettre, vous n’êtes pas juste, et c’est dommage que je dise si vrai. Mais je suis persuadée que vous me connaissez assez pour croire que c’est mon cœur qui me fait écrire ceci. Et même si mes délicatesses et les mesures injustes que je prends sur moi ont donné quelquefois du désagrément à mon amitié, je vous conjure de tout mon cœur, ma bonne, de les excuser en faveur de leur cause. Je la conserverai toute ma vie, cette cause, très précieusement, et j’espère que, sans lui faire aucun tort, je pourrai me rendre moins imparfaite que je ne suis. Je tâche tous les jours à profiter de mes réflexions ; et si je pouvais, comme je vous ai dit quelquefois, vivre seulement deux cents ans, il me semble que je serais une personne bien admirable.
Madame de Sévigné.
Lettre 2.
Lundi 1er décembre 1664.
Monsieur,
[…] Il faut que je vous conte une petite historiette, qui est très vraie et qui vous divertira. Le Roi se mêle depuis peu de faire des vers ; MM. de Saint-Aignan et Dangeau lui apprennent comme il s’y faut prendre. Il fit l’autre jour un petit madrigal , que lui-même ne trouva pas trop joli. Un matin, il dit au maréchal de Gramont : « Monsieur le maréchal, je vous prie lisez ce petit madrigal, et voyez si vous en avez jamais vu un si impertinent . Parce qu’on sait que depuis peu j’aime les vers, on m’en apporte de toutes les façons. » Le maréchal, après avoir lu, dit au Roi : « Sire, Votre Majesté juge divinement bien de toutes choses ; il est vrai que voilà le plus sot et le plus ridicule madrigal que j’aie jamais lu. » Le Roi se mit à rire, et lui dit : « N’est-il pas vrai que celui qui l’a fait est bien fat ? - Sire, il n’y a pas moyen de lui donner un autre nom. - Oh bien ! dit le Roi, je suis ravi que vous m’en ayez parlé si bonnement ; c’est moi qui l’ai fait. - Ah ! Sire, quelle trahison ! Que Votre Majesté me le rende ; je l’ai lu brusquement. - Non, monsieur le maréchal ; les premiers sentiments sont toujours les plus naturels. » Le Roi a fort ri de cette folie, et tout le monde trouve que voilà la plus cruelle petite chose que l’on puisse faire à un vieux courtisan. Pour moi, qui aime toujours à faire des réflexions, je voudrais que le Roi en fît là-dessus, et qu’il jugeât par là combien il est loin de connaître jamais la vérité.[…]
Madame de Sévigné.
Lettre 3.
À Paris, ce vendredi 17ème juillet 1676.
Enfin c’en est fait, la Brinvilliers est en l’air. Son pauvre petit corps a été jeté, après l’exécution, dans un fort grand feu, et les cendres au vent, de sorte que nous la respirerons, et par la communication des petits esprits, il nous prendra quelque humeur empoisonnante dont nous serons tous étonnés. Elle fut jugée dès hier. Ce matin, on lui a lu son arrêt, qui était de faire amende honorable à Notre-Dame et d’avoir la tête coupée, son corps brûlé, les cendres au vent. On l’a présentée à la question ; elle a dit qu’il n’en était pas besoin, et qu’elle dirait tout. En effet, jusqu’à cinq heures du soir elle a conté sa vie, encore plus épouvantable qu’on ne le pensait. Elle a empoisonné dix fois de suite son père (elle ne pouvait en venir à bout), ses frères et plusieurs autres. Et toujours l’amour et les confidences mêlés partout. Elle n’a rien dit contre Pennautier. Après cette confession, on n’a pas laissé de lui donner la question dès le matin, ordinaire et extraordinaire ; elle n’en a pas dit davantage. Elle a demandé à parler à Monsieur le Procureur général ; elle a été une heure avec lui. On ne sait point encore le sujet de cette conversation. À six heures on l’a menée, nue en chemise et la corde au cou, à Notre-Dame faire l’amende honorable. Et puis on l’a remise dans le même tombereau, où je l’ai vue, jetée à reculons sur de la paille, avec une cornette basse et sa chemise, un docteur auprès d’elle, le bourreau de l’autre côté. En vérité, cela m’a fait frémir. Ceux qui ont vu l’exécution disent qu’elle a monté sur l’échafaud avec bien du courage. Pour moi, j’étais sur le pont Notre-Dame avec la bonne d’Escars ; jamais il ne s’est vu tant de monde, ni Paris si ému ni si attentif. Et demandez-moi ce qu’on a vu, car pour moi je n’ai vu qu’une cornette, mais enfin ce jour était consacré à cette tragédie. J’en saurai demain davantage, et cela vous reviendra.
Madame de Sévigné.
Liens utiles
- Pour vos recherches surl'affaire Dreyfus, en vue de l'étude du texte "J'accuse" d'E. Zola, vous pouvez consulter notamment ce site de l'académie de la Réunion.
La lettre dans les livres : bibliographie
I. La lettre de fiction.
a) Le roman épistolaire classique.
La lecture de ces romans, souvent longs et dont la langue présente certaines difficultés au jeune lecteur d’aujourd’hui, n’est pas aisée. Chaque fois qu’une adaptation cinématographique de qualité existe, elle est signalée.
• Gabriel de Guilleragues, Lettre d’une religieuse portugaise(1669).
• Montesquieu, Lettres persanes.
• Jean-Jacques Rousseau, Julie, ou la Nouvelle Héloïse (1761)
• Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (1782).
Adaptations cinématographiques de l’œuvre de Laclos :
• Les Liaisons dangereuses (1960), film réalisé par Roger Vadim, avec notamment Jeanne Moreau (Madame de Merteuil), Gérard Philipe (Valmont) et Annette Vadim (Madame de Tourvel) ;
• Les Liaisons dangereuses (Dangerous Liaisons, 1988), film réalisé par Stephen Frears, avec notamment Glenn Close (Madame de Merteuil), John Malkovich (Valmont) et Michelle Pfeiffer (Madame de Tourvel).
b) Romans épistolaires – littérature de jeunesse (beaucoup plus accessibles).
• Galit FINK, Mervet Akram SHA’BAN, Si tu veux être mon amie, Folio Junior. [Deux jeunes filles, l’une palestinienne, l’autre israélienne, commencent une correspondance. Ce livre est fait à l'aide d'un témoignage épistolaire sur le conflit israélo-palestinien entre deux jeunes filles qui ont entre 12 et 13 ans (Galit Fink et Mervet Akram Sha'ban), grâce à la participation de Lista Boudalika.]
• Achmy HALLEY, Bon baiser de Kabylie, Syros, coll. « Uns et les autres », 2003. Ichirô et Isoko HATANO, L’Enfant d’Hiroshima.
• Albert LEMANT, Lettres des Isles Girafines
• Véronique MASSENOT, Lettres à une disparue
• Jean WEBSTER, Papa-Longues-jambes, Folio Junior. [Une jeune orpheline américaine écrit à son mystérieux bienfaiteur]
• Valérie ZENATTI, Une bouteille dans la mer.
II. Lettres historiques, lettres témoignages.
Les éditions Librio proposent deux anthologies thématiques :
• Paroles de poilus, Librio. [Compilations de lettres de soldats français de la Grande guerre (1914-1918)].
• Paroles de détenus, Librio. [Compilations de lettres de détenus.]
Travaux d'élèves
Au menu :
- Une lettre adresée aux élèves de 6ème, Par Stéphane Nabet (4ème A)
Pour faire une fiche de lecture, vous pouvez vous aider de ce modèle.